Solaris, défi conceptuel parfois peu éclairant

« Solaris », création mondiale, opéra dansé, le 7 mars 2015 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris

Ce n’est pas à Tarkovsky que nous devons ce Solaris mais bien à celui qui l’a inspiré, le romancier polonais Stanislaw Lem. Solaris est une planète-océan qui détruit à petit feu ceux qui tentent d’en apprivoiser la teneur. Le compositeur Dai Fujikura a transposé ce livre en opéra, ce qui n’était pas sans risque. Le texte est trop présent, parfois trop complexe, rendant le sous-titrage parasitaire.

Mais parlons à présent du voyage au coeur de cette nouvelle planète, qui débute par une projection 3D (port de lunettes ad hoc). Simili silence dubitatif dans la salle, entre froissements de papiers, chuchotements, toux (bref, tout ce qui fait la particularité du public parisien), on attend. Que quelque chose émane de ce nuage de poussière aux allures de brouillage de vieille télévision. Puis des ombres se meuvent.
Entrent en scène successivement Saburo Teshigawara, chorégraphe de la création et danseur, plein de finesse et d’aisance dans son costume noir; Nicolas Le Riche en docteur Snaut, éblouissant de technique, de fluidité et de présence (malgré une tenue peu propice à une pleine expression artistique), la superbe Rihoko Sato en Hari, frêle et forte, dont le rôle est un pur morceau de bravoure et le jeune Vàclav Kunes en Kris Kelvin torturé par l’amour et la science.

Alors que ceux-ci évoluent sur le plateau en une danse gesticulatrice plus ou moins contestable, Sarah Tynan, Leigh Melrose et Tom Randle sont aux prises avec le texte de l’opéra. Tous trois font preuve d’une maîtrise et d’une étendue vocale prodigieuse, mais la musique ne joue pas en leur faveur. Nous tombons rapidement dans une platitude mélodique qui peine à prendre son envol, et pendant que les chanteurs décortiquent la narration, un vide chorégraphique se créée avec une surenchère de brouillons dansés.

Nous pouvons cependant saluer l’exécution sans faute de l’ensemble Intercontemporain, les décors épurés et les costumes sortis de la haute couture nipponne aux accents futuristes (à l’instar des créations de Yohji Yamamoto) imaginés par Saburo Teshigawara lui-même. Une note négative pour les lumières, trop agressives , dont les néons n’apportaient rien à l’atmosphère décalée créée par cette danse singulière symbole de la désintégration de l’être humain.

Crédit Photo : Vincent Pontet

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