Soirée Paul/Rigal/Millepied/Lock en manque de tempo

Soirée Paul/Rigal/Millepied/Lock, le 6 février 2015 à l’Opéra Garnier à Paris.

Vous l’aurez compris au nom de ces quatre chorégraphes, ce programme est loin d’un acte en blanc tiré de Giselle. Du contemporain à l’extrême déconstruction de la danse classique, il n’y a qu’un pas. Et c’est bien avec cette soirée que vous le franchirez depuis votre fauteuil au velours ocre.
Nicolas Paul met en scène quatre couples de danseurs dans Répliques. Il s’agit de jouer avec son double, de montrer ce qu’il cache, de se refléter en lui comme en un miroir, rompre avec lui, attirance et répulsion. La scénographie de Paul Andreu accompagne de manière intelligente cette création en introduisant de fins rideaux entre chaque couple, en réduisant leur espace scénique. Intéractions en duo, entre duos, l’idée reste poétique mais un manque flagrant de coordination entre danseurs déçoit, surtout dans une telle pièce où ils se doivent d’être synchrones. Le choix de la bande-son jette un voile d’hermétisme sur cet ensemble. N’est sensible à Gyorgy Ligeti qui peut.
Pierre Rigal, remarqué par sa direction d’artistes hip-hop et de circassiens ainsi que pour son travail avec le chorégraphe Aurélien Bory, fait ses premiers pas sur la grande scène de la danse avec Salut, une création pour le moins inattendue. En s’entourant de danseurs issus de toute la hiérarchie du corps de ballet de l’Opéra, il dissèque la condition du danseur à la tombée du rideau rouge. Après une série de saluts qui se désagrègent lentement pour laisser place à la mécanique du corps, chaque danseur sort de ses carcans, costumes guindés, accessoires et postures classiques. Une intéressante mais lente déconstruction qui aurait parfois gagnée à être plus ramassée, car on se surprend à s’ennuyer. Le choix des éclairages d’Urs Schönebaum laisse à désirer, entre ampoules rouges au-dessus des danseurs allongés, violent éclairage de la scène après un noir, lumière stroboscopique et néons bleus, on n’y comprend plus rien.
Le premier moment phare de cette soirée est la création que le nouveau directeur de la maison, Benjamin Millepied, dédie à Aurélie Dupont et Hervé Moreau (remplacé pour cause de blessure par Marc Moreau). Portés par la sensible interprétation pianistique d’Elena Bonnay de l’étude pour piano n°20 de Philip Glass, le duo s’envole, ensemble et solitaire (Together Alone) le temps de dix petites minutes. Aurélie Dupont rayonne comme à l’accoutumée par sa maîtrise et la justesse de son interprétation. Marc Moreau, remplaçant courageux, manque d’éclat.
Enfin, AndréAuria, la création du canadien Edouard Lock vient clôturer cette soirée. Succession de plusieurs tableaux de danseurs, AndréAuria, par ses accents néo-classiques, est d’une rare complexité. Denis Chouillet et Nicolas Mallarte se partagent le fond de scène en exécutant des morceaux de David Lang qui demandent une véritable endurance pianistique. On reprochera à cette pièce son caractère trop répétitif, mais on est conquis par la prestation passionnée et de la technicité d’Alice Renavand, jeune étoile qui trace son chemin avec détermination. Elle seule semble habiter cette pièce, et n’en est que d’autant plus touchante.

Crédit photo : Agathe Poupeney

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