TranscenDances, une carte pas si blanche

Carte blanche à Nicolas Le Riche, le 4 novembre 2014 au Théâtre des Champs-Elysées, Paris.

En juillet dernier, Nicolas Le Riche danseur étoile de l’Opéra de Paris faisait ses adieux sur la scène du Palais Garnier, après plus de 20 ans à travailler chaque création avec toutes les fibres de son corps. Ce soir-là, Garnier tout entier a vibré. Standing ovation.
Ces deux soirées Carte blanche au TCE étaient donc très attendues.

Nicolas Le Riche et Clairmarie Osta par Anne Deniau

Nicolas Le Riche et Clairmarie Osta par Anne Deniau

Le programme initial a souffert d’un changement de dernière minute : Critical Mass, pièce chorégraphiée par Russel Maliphant et dansée par ce dernier et Le Riche est annulée. En effet, le chorégraphe américain s’étant blessé au cours d’une répétition, il lui sera impossible de monter sur scène. Nicolas Le Riche tient à faire lui-même l’annonce au micro.
Premier lever de rideau : « duo » finement chorégraphié par Jerome Robbins, ancien directeur du NYCB : A Suite of Dances. Les mouvements se succèdent au fil des études de Bach interprétées au violoncelle par Martine Bailly. Le Riche se déploie sur l’ensemble de l’espace scénique avec légèreté, précision et décontraction. Cependant, il est malaisé de faire la sourde oreille au jeu désastreux de la violoncelliste. Un doigté plus qu’approximatif, l’archet qui accroche plusieurs cordes à la fois, une interprétation générale sans finesse ni nuances … Etait-ce un mauvais jour ? Pendant ce temps-là, Le Riche rayonne et son sourire nous éblouit, même au deuxième balcon. Tout lui semble si facile. On acclame son élégance, sa prestance et la complexité de son interprétation.
Chorégraphiée par Le Riche lui-même, Une Après-midi est un pur bijou d’inventivité. Alors que le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy entame ses premières notes, la grâce de Clairemarie Osta, ancienne étoile, nous subjugue tant qu’on en oublie l’interprétation initiale de Nijinski qui s’était naturellement présentée à nos esprits. « Elle a des bras magnifiques », dira une spectatrice. Et on ne peut que lui donner raison. Ils respirent et se déroulent à l’image de l’animal mythique qu’elle fait vivre sur scène. De sa danse n’émane que délicatesse, soulignée par les jeux de voile, qu’elle finit par serrer contre elle.
Invité par Le Riche, Hervé Diasnas présente Aires migratoires, septuor chorégraphique de vol dansé. Il en est lui-même le chorégraphe, compositeur, interprète, avec l’Ensemble Chorégraphique Contemporain d’Envol. Le vol dansé, c’est en réalité une succession de déplacements et de changements de formations de groupes. Diasnas l’inscrit au sein de sa pédagogie « présence mobilité danse » qui fournit des techniques énergétiques pour la danse, le sport et le quotidien. Si l’idée de départ est très intéressante,  les formations de groupes en danse ayant un certain succès quand on pense à certaines chorégraphies de Pina Bausch; ici on n’y comprend rien. Sans doute la quête de sens n’est-elle pas le but recherché. Mais plus d’une dizaine de minutes passées à regarder les évolutions de formation de danseurs marchant sur scène, au son de grésillements, bouliers et autres bruits expérimentaux se révèlent très, très longues.
Enfin, le clou, le bouquet de la soirée : la deuxième pièce de Le Riche, Odyssée, interprétée en duo avec Osta. Le couple fait osciller la complexité de sa danse entre symbiose et séparation, sur fond de Trisagion d’Arvo Pärt. Des balancements main dans la main des danseurs à leurs envols et leurs voyages respectifs, empreints de virtuosité, ils émerveillent à chaque minute. Le Riche porte sa création avec une beauté naturelle et Osta impressionne par la vie qui se dégage de sa danse.

Un avis donc mitigé sur cette programmation inégale, même si le brio du duo d’étoiles a permis d’en éclipser les accrocs.  Le Riche sera de retour au Théâtre des Champs-Elysées en mars prochain pour Solaris, la création mondiale du chorégraphe Saburo Teshigawara, opéra de Dai Fujikura en quatre actes. On rêve déjà de cette collaboration exceptionnelle…

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